nordine 6…

Nous l'avons lu dans: (site Web original) ICI

Comment raconter l’Assekrem ? Ou, plutôt, ce que l’on voit de ce morne plateau ? Comment écrire l’émerveillement devant l’un des paysages les plus fous que je n’ai jamais vus. Plus de quatre-vingt kilomètres d’une piste caillouteuse souvent difficile, à la pente abrupte, à parfois gravir en marche arrière pour ne pas que les roues tournent à vide. Et l’interrogation qui me taraude : comment va apparaître le panorama que je « connais », l’ayant déjà souvent rêvé face à quelques photos dans des livres ?

Au détour d’un rocher, soudain, apparaît, très loin, très haut, un plateau aride et sans beauté, avec à son bord, un minuscule cube que le contre-jour rend noir. Je SAIS qu’il s’agit de l’ermitage construit là par le Père de Foucault et que de là-haut, si ma voiture tient le coup, je pourrai enfin voir, de l’autre côté du plateau, sûrement, le fameux paysage. Puisque habituellement, les chemins de montagne mènent toujours à un promontoire, à une corniche, un belvédère, d’où l’on découvre l’horizon comme un tableau inaccessible. Mais ici, et pour la première fois de ma vie (il y en eu une seconde au Monastère de Petra, des années plus tard), j’ai vu un décor se constituer peu à peu autour de moi et ensuite s’éloigner et apparaître dans toute sa splendeur quand j’en suis sorti et me suis retourné. Comme si j’avais traversé ses différentes perspectives sur un plateau de théâtre avant d’aller m’asseoir dans la salle. La piste passe en effet à travers un massif, se dirige en lacets vers l’ermitage solitaire et comme perdu sur l’immensité du plateau, et soudain je « reconnais » près de moi, dent noire et immense, l’un des pics de l’Attakor, et puis d’autres arêtes sombres comme en désordre. Puis la piste monte encore, atteint le plateau. Il ne reste plus alors qu’à descendre de voiture, lentement nous tourner, et tout ce que l’on vient de traverser s’est figé en tableau. Avec, au creux des montagnes, fin lacet minuscule et désert, la piste que nous venons d’emprunter. Un tableau d’une telle violence que j’en suis saisi, restant sans voix, au milieu des vents glaciaux qui nous enveloppent et nous secouent, seuls, complètement seuls face à l’immensité.

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L’Assekrem, Hoggar, Algérie (photo : G.A.B.)

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