nordine 5…

Nous l'avons lu dans: (site Web original) ICI

Au marché de Tamanrasset, je me croyais en Afrique Noire, comme dans les petits films en Super 8 que mon oncle Gilbert, militaire à Bangui, me passait, enfant, et qui me ravissaient… Assis sur le trottoir, des centaines de Nigériens, de Maliens, vendent qui leurs légumes, qui leur petit artisanat, qui ce bric-à-brac incroyable de crèmes à raser, à muscler, à lustrer les cheveux, de vêtements et d’outils usagés. Au milieu des Noirs du Sud de l’Algérie, et, coiffés d’immenses turbans indigo, les Touareg. Seuls apparaissent leurs yeux qui prennent ainsi une importance démesurée. Ne voir que les yeux d’une être vivant, c’est en saisir le mystère. Non sa résolution, mais son existence. On ne sait rien de lui, il nous est inconnu et tout est imaginable… Le public : souvent des touristes, arrivés par avion pour une semaine d’exotisme et dont le principal souci en ces lieux est de se procurer des vêtements locaux qui pourront servir, plus tard, dans un quelconque bal costumé. Les femmes achètent de longues robes teintes de couleur vive, les hommes des sarouels ou des chèches ; moi-même me suis procuré un taguelmoust, ce voile qui bleuit les nuques sombres des Touareg que je vois agglutinés autour des étals de parfums bon marché made in Marseille ou de savon FA. A chacun son exotisme…

Dans les rues, des touristes donc, et puis des policiers en bleu, celui de leur uniforme, et qui semblent aussi étrangers à la région que ceux venus de l’autre côté de la mer. Et tout ce monde se promène, flâne dans ces lieux où il n’y a rien à faire une fois les emplettes accomplies. Car il n’y a rien à voir à Tam’, dans cette ville au nom si beau qui est celui de l’oued qui passe à sa proximité. Ce n’était qu’un lieu de rassemblement des Touareg avant que les Français n’en fassent un centre administratif et une étape sur la route de l’Afrique Noire, avec station service, quelques boutiques et quelques hôtels. Mais c’est toujours resté un lieu de rassemblement de ces nomades que l’on peut voir dans les terrains vagues, en larges cercles avec leurs chameaux regroupés sous les tamaris. Ainsi qu’à l’ombre des Nouvelles Galeries, toutes nouvelles, vaste hangar regroupant un certain nombre de rayons comme ailleurs en Algérie, remplis, selon les arrivages, de boulons, de serrures, de bouteilles thermos ou bien encore de réchauds. Et au beau milieu, protégés du soleil et totalement indifférents aux chalands, ils sont là, ayant reconstitué tant bien que mal leur cercle magique au milieu de l’entrepôt, à deux pas des caisses enregistreuses et des empilements de soutien-gorges et de culottes, vêtu de leur longue robe, le visage caché, avec juste les yeux qui semblent être vivants. Les chameaux sont dehors, rangés sur le parking…

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Algérie, Tamanrasset (photo : g.a.b.)

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