nordine 3…

Nous l'avons lu dans: (site Web original) ICI

Il y eut aussi cette koubba que nous n’arrivions pas à atteindre… Il faisait nuit, la piste était méchamment ensablée et il fallait pourtant y arriver, ne pas rester au milieu de « nulle part ». Et, soudain, elle nous apparaît, pâle, au pied d’une montagne, dans la lumière voilée des phares enduits de graisse et protégés de larges bandes de chatterton noir. La piste Ain-Salah-Tamanrasset passe là, et la tombe du marabout est au milieu. Et c’est dans la voiture, garée tout près du mur blanchi, que nous avons passé la nuit, vaguement rassurés par la présence, tout près, du mur passé à la chaux blanche protégeant le sanctuaire.

Le lendemain, très tôt, de rares camions, énormes, passaient et repassaient près de nous, comme pour une danse du scalp. Grimpés sur les contreforts des collines environnantes, nous comprîmes alors qu’ils décrivaient trois grands cercles autour de la koubba avant de reprendre leur chemin. Cela devait leur porter chance…

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Algérie, sur la route de Tamanrasset… (photo : g.a.b.)

Redescendus à la voiture, nous décidâmes d’y aller à notre tour, de tourner, trois fois, autour du petit bâtiment, et, quelques km plus loin, alors que cela ne nous était encore jamais arrivé, nous étions bel et bien perdus dans un lit d’oued mou à souhait. Impossible de savoir où nous étions. Nous tendions l’oreille au cas où le bruit d’un moteur nous aurait renseignés. Mais, rien, que le silence à chaque fois que nous interrompions notre travail de dégagement des roues, sans savoir, ensuite, une fois que je serais remonté dans la voiture, dans quelle direction il fallait que je me lance pour rejoindre une piste, la bonne ! Alors je me suis éloigné, laissant Nordine manier la pelle, songeant, alors que je marchais dans le sable, à cet encore gamin qui malgré la confiance qu’il devait avoir en l’adulte, même jeune, que j’étais, avait au fond de lui, même s’il ne disait rien, la même peur que celle que moi-même lui cachait, à ma responsabilité puisque je l’avais embarqué dans cette traversée, à une seule voiture, sachant que si j’avais trop réfléchi, avant, aux éventuels dangers, je ne serais jamais parti. Lorsque je fus hors de sa vue, je me suis mis à prier, avec ferveur, yeux fermés, tête baissée, à demander à un dieu, quel qu’il soit, de nous sauver, surtout pour que mon compagnon de voyage le soit. Lorsque j’ai relevé la tête et ouvert les yeux, entre les espèces de roseaux qui fermaient le paysage, là, à deux pas, passait la piste.

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