nordine 2…

Nous l'avons lu dans: (site Web original) ICI

La Trans-saharienne, c’est la Nationale 1. Au début, c’est une belle route, goudronnée, plus ou moins étroite selon les moments avec, tous les dix km un panneau indicateur avec le nom écrit en caractères arabes et latins, de la prochaine ville à venir le nombre de km restants avant de l’atteindre : des centaines puis des dizaines. Et personne ou presque dans le paysage vide, que ce soit à droite, à gauche, sur le ruban de bitume. Parfois, au loin, apparaît un camion et on se prépare, longtemps à l’avance, pour qu’il ait la place de nous croiser. Sur le côté une piste, celle qui a permis de faire passer voitures et véhicules de chantiers lors de la confection de la route, mais qui est également utilisée lorsqu’il faut effectuer des réparations, restaurer la voie, emportée qu’elle peut être par un oued après une pluie violente. Quelque part, entre Méchéria et Bechar, une Jeep calcinée, noire et solitaire. Elle avait appartenu à un coopérant militaire français que je connaissais vaguement. J’ai appris plus tard ce qui s’était passé : il avait décidé, pour profiter « à plein » du désert, de rouler sur cette piste plutôt que sur la route. Il avait peut-être besoin d’aventure… Des jerrycans en plastique contenant l’essence nécessaire à son périple avaient été stockés sur le toit du véhicule, alors que, même peu nombreuses, les stations-service existent tous les trois ou quatre cents km rendant inutile cette précaution. Mais pour approcher l’aventure, que ne ferait-on pas !?… Avec la chaleur et les tressautements continus de la Jeep sur la piste caillouteuse, l’essence s’était peu à peu échappée des bidons et avait pris feu. Notre pioupiou n’avait eu que le temps de sauter à terre, de rejoindre la route pour y poser au moins ses pieds et voir brûler sa Jeep toute neuve…

Mais en général, il ne se passe rien et là monotonie est notre lot quotidien. Même si pas un soir ne tombe sans qu’une merveille, une émotion, un problème ne nous aient surpris.

Comme lorsque apparait au loin, sur le bitume, une brume due à l’évaporation et qu’alors, des dunes dorées ont l’impression de flotter au-dessus du sol jusqu’à ce que l’illusion se dissipe à notre approche. Comme lorsque nous avons emprunté une piste – interdite – sans vraiment nous en rendre compte, même si des pierres posées sur le sol m’obligeaient à sans cesse zigzaguer pour les éviter, avant d’être coincés par un militaire qui voulait nous garder deux jours (pourquoi « deux », je ne sais) dans ce lieu plus que désolé où il devait s’ennuyer. Il était jeune et seul… Je songeais alors à un des frères de Nordine, passé directement des dunes blanc cassé longeant la mer entre Malo et La Panne, en Belgique, à celles nettement plus orangées et inhospitalières du Sud du Sahara là où il devait faire un long service militaire au service d’un pays qu’il ne connaissait pas…

Nous continuons de descendre. Et tout va bien.

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Algérie, vers Aïn-Salah (photo : g.a.b.)

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