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Nous l'avons lu dans: (site Web original) ICI

La première étape du voyage fut un véritable pèlerinage : six semaines après, j’avais refait avec Nordine le même trajet qu’avec Mostefa B., les mêmes arrêts aux mêmes endroits, aux mêmes heures à peu près. Un restaurant en face de celui où nous étions allés à Méchéria, une mosquée à el-Bayadh, la station d’essence de Boualem, la gargote si propre de Berriane, et enfin l’hôtel ! La chambre d’à côté.  Mais nous nous étions arrêtés là.

Demain commence l’inconnu, avec, cette fois, Nordine, ce « gamin » de 17 ans, qui venait me voir à bicyclette après le lycée, pour parler de longues heures avec moi. C’était un « migré », quelque chose entre un « émigré » et un « immigré », tant son parcours comme celui de tous les jeunes qui étaient « rentrés » en même temps que lui « au pays » dans les années 80. Le Président Chadli Bendjedid avait mis en place une politique assez libérale d’aide au retour, ayant attiré les émigrés algériens ayant travaillé en France jusqu’à leur retraite. Une fois celle-ci acquise, une fois la maison « au pays » terminée (souvent un immense cube de béton et de parpaings placé entre deux cubes de béton et de parpaings appartenant aux cousins, aux frères), on était revenu, en famille ! Avant, on ne revenait que l’été, la voiture chargée de « cadeaux » souvent achetés dans des magasins « spécial « migrés », et tenus en général par d’autres « migrés). C’était étrange pour les enfants issus, en général, des banlieues françaises de se retrouver dans des familles à la fois connues et inconnues, immenses et curieuses, demeurant souvent dans des campagnes « loin de tout », mais c’était passager. Désormais, c’était définitif ! On revenait dans un pays où on n’était pas né, dont on ne maîtrisait qu’à peine la langue populaire et pas du tout l’officielle, l’arabe classique, où il fallait s’adapter à mille us et coutumes qu’on supportait l’été (on ne prenait pas le temps de s’y habituer) et qui allaient vite devenir insupportables.

La cousine qui s’assoie, un après-midi de juin à une « crémerie » (ainsi est nommée, en Algérie, l’échoppe d’un marchand de glaces), avec ses sœurs pour déguster sous un parasol une glace justement. Elles doivent subir tant d’avanies de la part des garçons assis à leur côté et qui ne cessent de les draguer, comme de celles des « barbus », souvent du même âge, mais passant dans la rue et qui les apostrophent en les menaçant de tous les enfers du monde car elles sont là, « en cheveux » parmi les hommes, et comme en vitrine. Alors, très vite, la cousine préférera venir avec un seau en plastique, prendre très vite livraison de quelques cornets avant de s’en retourner, à l’abri, chez elle…

Nordine était né à Dunkerque, et vivait non loin de là, au-delà de la belle corniche de Malo-les-Bains, avec toute ses frères, sa sœur et ses parents, dans une maisonnette en murs de briques rouges, avec le toit de tuiles rouges, semblable à des centaines d’autres serrées le long de quelques rues menant toutes à l’usine sidérurgique où étaient employées les pères, tous émigrés, tous venus de la même région d’Algérie, de villages perdus entre Nedroma et la mer, la Méditerranée, très bleue, très calme en général au bord d’une côte sauvage, déchiquetée, somptueuse, loin de celle du Nord, au sable blond, qui, à marée basse, dévoilait une vase grise et triste dans les creux de laquelle se reflétait les fumées de la zone portuaire, là-bas, au loin, mais où on avait joué tous les étés avec les frères, avec les cousins, les copains.

Et puis soudain, toute la famille avait déménagé, et puis toutes celles de la rue, les frères, les cousins, et tout le monde s’était installé dans une ou deux autres rues, plus larges, plus claires, dans des maisons plus hautes, plus grandes, en Algérie.

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Algérie, Maghnia, Cité cadi (photo : g.a.b.)

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