Kerman

Après Shiraz, nous nous sommes dirigées vers Kerman, dans le but de visiter la citadelle de Bam, dont je vous parlerai bientôt. C’est un peu triste et émouvant, la visite de Kerman. On se rend très vite compte que c’est une ville en déclin économique. La citadelle de Bam toute proche n’attire plus vraiment les touristes depuis le tremblement de terre de 2003, et la ville peine à trouver d’autres sources de revenus. Concrètement, la moitié du bazar est en ruine. On a eu du mal à y trouver des taxis et des restaurants. Bref, Kerman nous a fait l’effet d’une ville qui serait en train de s’éteindre doucement.

IMG_1095On m’a souvent demandé si ce n’était pas trop la galère de voyager en Iran quand on est une femme. La réponse est : en ce moment, pas du tout. J’insiste sur le « en ce moment », parce que je comprends de mes quelques lectures sur la situation politique et sociale de l’Iran, que les choses peuvent changer très vite. Nous étions trois filles et nous n’avons pas eu le moindre souci, nous avons même croisé des femmes qui voyageaient seules sans problème.

IMG_1089En fait, les iraniens sont très très paternalistes. Au quotidien, je trouverais probablement ça insupportable. En voyage, en revanche, ça passe. Concrètement, ça ne se traduit pas par des regards ou des attitudes désagréables (comme j’ai pu le ressentir à Istanbul, par exemple), mais par une surprotection de la part de parfaits inconnus : « oh mon dieu, mais vous êtes des filles seules et vous voyagez en Iran ? Laissez moi vous aider, vous ne trouveriez pas votre chemin ! » Par exemple, un jour, un chauffeur de taxi a refusé de nous emmener dans l’auberge de jeunesse où nous avions réservé parce que, quand même, une auberge de jeunesse, ce n’est pas assez bien pour des femmes qui voyagent seules. Et puis bon, elle donne dans une petite ruelle sombre, non, vraiment, je m’en voudrais qu’il vous arrive quelque chose. Je vais plutôt vous emmener dans un meilleur hôtel. Ne vous méprenez pas, je trouve ce genre de comportement insultant, puisqu’il sous-entend qu’étant une femme, je suis trop débile pour me débrouiller seule, contrairement à un homme. Cela dit, ça part d’une bonne intention, et ça se traduit par des actions plutôt gentilles au final. Bref, tout ça pour dire que, finalement, de mes différents voyages au Moyen Orient, l’Iran est celui où être une touriste femme était le moins désagréable. (Encore une fois, ne sur-interpretez pas mes propos : ceci n’est pas le moins du monde un jugement ni une analyse de la condition féminine en Iran, je ne parle ici vraiment que de mon expérience en tant que touriste…)

IMG_1088

Mosquée du vendredi (Masjed-e Jame)

Bien sûr, il faut respecter les lois locales, notamment pour les vêtements: manches longues, pantalon long, t-shirt ou manteau qui descend en dessous des fesses, et puis le voile, bien sûr. Porter le voile m’a semblé une galère sans nom. Bon, toutes proportions gardées, bien sûr. Mais tant qu’on n’a pas essayé, on ne se rend pas compte à quel point c’est inconfortable. On a en permanence l’angoisse qu’il tombe ou qu’il s’envole, ça tient chaud, ce n’est pas pratique pour manger, et puis on ne voit rien quand on tourne la tête…

IMG_1071

Le bazar de Kerman

Enfin ça pourrait être pire, on pourrait nous obliger à porter le Tchador, un grand voile noir qui cache tout le corps et qui est porté par un grand nombre d’Iraniennes. Concrètement, ça se porte par dessus les vêtements, et par dessus un voile normal. C’est un grand demi cercle en tissus que l’on pose sur la tête et que l’on tient avec ses bras de façon à cacher tout son corps. Le vêtement encombrant par excellence : le tchador sur le voile, devinez quoi, ça glisse et ça ne tient jamais en place, et puis surtout, vous avez les deux mains prises, donc ça rend impossible la moindre activité du genre acheter du pain… C’est tellement compliqué à porter que dans certaines mosquées où ce voile particulier est obligatoire, ils ont développé une version « pour touriste », avec élastique, nœud autour du cou, et trous pour passer les bras (dans de charmants tissus fleuris tout droit sortis des années 50). Non, n’insistez pas, je ne vous montrerai pas de photo de moi dans cette tenue, je tiens à garder un semblant de dignité.

IMG_1079

Le bazar de Kerman

Il faut quand même reconnaître aux Iraniennes leur sens du style inimitable. D’abord, elles parviennent à porter un voile, voire un tchador, tout en ayant l’air de trouver ça facile. (Bon, après deux semaines d’observation, on se rend compte que ça leur arrive à elles aussi d’avoir un voile qui tombe et de devoir le réajuster. Personne n’est parfait.) Il existe à peu près autant de façons de porter le voile que d’Iraniennes. La solution la plus pratique, c’est une sorte de voile-cagoule, le maghnae, que portent toutes les lycéennes (ça fait partie de leur uniforme scolaire). Ça tient bien en place, donc pas besoin de le toucher en permanence pour vérifier qu’il est encore là. Cela dit, c’est aussi l’une des solutions les plus conservatrices (après le tchador, mais les deux options ne sont pas du tout incompatibles), puisqu’on ne voit ni les oreilles, ni la racine des cheveux, ni même le menton.

IMG_1091

Mosquée de l’Imam (Masjed-e Imam)

Et la solution la moins pratique, mais la plus élégante, c’est le « mi-tête ». Ce n’est absolument pas un nom officiel, seulement le meilleur terme que l’on a trouvé pour décrire cette mode. le foulard est soigneusement posé en équilibre sur le sommet du crâne et repasse négligemment sous le menton. Un peu comme ça. La classe absolue, c’est de porter un faux chignon dont le volume est souligné par le voile, beaucoup de maquillage, et un pansement sur le nez. La rhinoplastie est un marqueur social, donc beaucoup de personnes portent un pansement même si elles n’ont pas les moyens de se faire refaire le nez.

IMG_1085

Mosquée de l’Imam

J’ai essayé, mais vraiment, le mi-tête était beaucoup trop compliqué pour moi: beaucoup trop instable. J’ai donc fini par opter pour une solution plus pratique : le foulard plié en triangle et noué sous le menton. Le look Audrey Hepburn, ou, plutôt, dans mon cas, le bon vieux look de paysanne russe. Moins élégant, forcément, mais qui a fait ses preuves en voyage. Parce que, quand même, la question ultime que je me pose, c’est : comment on fait, concrètement, pour arriver à garder son foulard quand on passe une nuit en bus, puisque l’enlever n’est pas une option en Iran…

IMG_1069

Mosquée de l’Imam

IMG_1081

Mosquée du vendredi

 

Les commentaires sont fermés.