Franz KAFKA " Il croyait en effet que la connaissance parfaite du fait même le plus insignifiant ….."

Nous l'avons lu dans: (site Web original) ICI

La toupie. Un philosophe flânait de préférence là où jouaient des enfants. S’en trouvait-il un à jouer à la toupie, le voilà aux aguets . A peine lancée la toupie , notre homme aussitôt de courir à sa poursuite ! Les cris d’enfants pour l’en écarter ne le troublaient en rien, heureux s’il avait pu saisir la toupie dans sa course . Courte joie , car aussitôt il la jetait et s’en allait. Il croyait en effet que la connaissance parfaite du fait même le plus insignifiant – serait-ce par exemple le mouvement d’une toupie – suffirait à lui ouvrir celle du général. Il négligeait par conséquent l’étude des grands problèmes qui lui apparaissaient de peu d’utilité. La connaissance d’un détail révèlerait le tout. Et voilà pourquoi il s’intéressait uniquement au mouvement de la toupie. La vue des préparatifs de lancement éveillait toujours en lui l’espoir qu’enfin il allait aboutir. Et quand la toupie tournait, et qu’il la poursuivait à perdre haleine, cet espoir devenait en lui certitude , mais dès qu’il avait en main ce ridicule morceau de bois , une nausée le prenait, les cris des enfants qu’il n’avait jusque-là point entendus, lui déchiraient soudain les oreilles et le chassaient précipitamment ; il titubait comme une toupie sous le fouet d’un joueur maladroit ! ” Franz KAFKA.

Les commentaires sont fermés.