DON TALAYESVA " Un petit peau-rouge va à l’école…."

Nous l'avons lu dans: (site Web original) ICI

“… Nous avons été à la salle à manger. On nous a donné du pain et quelques chose qui s’appelait hâchis, et qui ne me plaisait pas. C’était différentes espèces de nourriture, toutes mélangées ; il y avait de bonnes, il y avait de mauvaises ; mais plus de mauvaises que de bonnes ! On a aussi eu des pruneaux, du riz, et du thé. Je n’avais jamais bu de thé, et l’odeur m’a donné si mal au coeur que je pensais vomir. On a mangé ce dîner mais il ne m’a pas satisfait. je pensais que jamais je n’aimerai le hâchis. C’était difficile aussi pour déféquer. Il fallait faire très attention où on s’asseyait ; il y avait des petites maisons appelées cabinets, une pour les filles, une autre pour les garçons. Je suis entré mais j’avais peur de m’asseoir ; j’avais peur que quelques chose m’attrape ou me pousse d’en dessous, et ça m’a inquiété pendant plusieurs jours. Après dîner on a un peu joué. des garçons plus vieux qui avaient été à l’école avant, m’ont boxé : à la maison j’avais été un grand garçon courageux, mais ici j’étais timide et froussard. On aurait dit que j’étais un rien-du-tout, que n’importe quel garçon pouvait me battre. La surveillance est venue nous chercher pour aller au lit. Elle nous a menés au dortoir des petits. Elle nous a fait déshabiller, appuyer nos coudes sur le lit. Elle nous a appris à demander à Jésus de veiller sur notre sommeil. J’avais bien essayé de demander des bonbons et des oranges à Jésus et ça n’avait pas marché. Mais j’ai recommencé quand même. Le lendemain il fallait aller en classe. Les petits y allaient le matin et l’après-midi. On m’a mis tout en bas, à la maternelle. Quand on est entré et qu’on a pris nos places la maîtresse m’a demandé mon nom. Je n’aimais pas le mien, Max. Alors je n’ai rien dit. Et la maîtresse a dit : ” Eh bien ! tu t’appelleras Don….” Et elle l’a écrit sur un petit livre. Elle ramassait un bâton, tournait les pages d’un album, et nous disait de lire. Il y avait des petits de la première Mesa qui étaient déjà venus et qui lisaient sans hésiter. mais moi, le plus grand de la classe, je ne savais pas lire du tout. Je me sentais mal à l’aise, surtout qu’ils m’avaient fringué de culottes courtes marron qui ne me plaisaient pas. D’abord on apprenait : un chat, un rat, un chien, la vache, cheval, aigle, etc… et puis des choses comme : Une vache a quatre pattes, l’homme a deux pieds,… et ensuite : Met la balle dans la boîte, compte jusqu’à dix. Au bout de plusieurs jours j’ai fini par comprendre les mots et bientôt on lisait des grandes phrases comme : Un rat, un rat criait Zoë!…” DON TALAYESVA, Un petit peau-rouge va à l’école, Extrait,1957.

Don Talayesva est un indien Hopi de la tribu des “Pueblos” Ces indiens étaient installés depuis huit siècles au moins sur trois hauts plateaux appelés “mesas” constituant les derniers contreforts des Rocheuses à l’est du Grand Canyon du Colorado. Oraibi est le village où est né Don Talayesva situé sur la mesa la plus extrême… Oraibi est resté l’un des bastions de l’ancienne civilisation Hopi, la mesa la plus hostile à l’influence des conquérants… mais le sable, le vent, et la sécheresse sur ces plateaux arides ont eu raison de l’attachement farouche des Hopis pour leur culture traditionnelle surtout pour les jeunes comme l’auteur de ce récit autobiographique…

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