Avais-je un handicap à Berlin

Nous l'avons lu dans: (site Web original) ICI

berlin articleBerlin est la ville dans laquelle j’ai appris que rendre nos villes plus accessibles est possible. Je vais tout vous raconter…

Par où commencer pour parler de mon expérience de cette ville… j’ai la chance d’avoir plusieurs frères et sœurs, dont celle avec qui je voyage, la plupart du temps. C’est donc grâce à elle, qui l’avait adorée, que j’ai découvert Berlin. Quelques jours avant de visiter cette ville, j’ai cherché des transports adaptés pour le trajet de la gare d’arrivée vers l’hôtel, mais également pour pouvoir faire des visites durant notre séjour. Eh bien, cette année là, je n’ai rien trouvé. Nous nous sommes dit que nous verrions une fois sur place, en espérant qu’il y ait une solution.

A Berlin, nous trouvons le service d’informations, qui nous renseigne de nous rendre à l’arrêt de bus, où nous pourrons prendre celui qui nous conduira vers l’hôtel. Nous nous disons que le monsieur n’a certainement pas compris que nous avons besoin que le véhicule soit adapté, mais nous dirigeons quand-même vers le lieu indiqué. Nous sommes en vacances après tout, nous avons du temps… C’est lorsque le bus est arrivé et que le conducteur sort pour placer la rampe d’accès, que je comprends pourquoi je n’ai trouvé aucun véhicule adapté, auquel j’aurais pu faire appel. Il y en a sans doute, mais ce n’est pas ce qui se présente en premier, en ce qui concerne les moyens de transports accessibles. Berlin s’annonce pleine de promesses. Dans le bus, je peux à travers la vitre, me faire une idée du paysage qui défile et le premier mot qui me vient est « majestueux ».

Je trouve les berlinois très rigoureux. Ici, lorsque le feu est orange, les voitures ralentissent et s’arrêtent lorsqu’il est rouge. On n’essaie pas de passer lorsque le feu est encore orange. A Namur, d’où je viens, et à Bruxelles, où je vis depuis près de six ans, il nous arrive très souvent d’appuyer sur l’accélérateur lorsque l’orange apparaît. Un peu comme si on avait une soudaine montée d’adrénaline. Vous savez de quoi je parle chers compatriotes, ne faisons pas semblant… Eh bien, les seuls piétons que j’ai vu traverser aux feux rouges, à Berlin, étaient des touristes. Le civisme des autochtones me fascine.

Cette ville propose une très grande variété d’activités et est, pour moi, surprenante et impressionnante, d’un point de vue architectural. Si Berlin était une femme (ou un homme), elle (il) en serait une (un) à la fois canon, le genre qui peut empêcher de garder les idées claires, et intelligent(e). Petit conseil, il vaut mieux éviter l’automne et l’hiver pour la visiter.

Berlin est la seule ville dans laquelle j’ai emprunté les toilettes des cafés et/ou restaurants. Les lieux sont accessibles en fauteuil roulant et très propres. Même dans les sandwicheries… ils utilisent des gants et des pinces, et ne touchent pas à la fois, votre argent et vos aliments. Un soir, alors que nous nous promenons à travers les rues, on nous invite à entrer dans l’un des restaurants dont je ne vois l’entrée, tant il y a des marches. Nous nous disons que le jeune homme est insensé de s’adresser à nous pour ce restaurant. Nous lui disons donc qu’il m’est impossible d’accéder à ce lieu à cause des escaliers. Et comme beaucoup de commerçants, il sous-estime le poids du fauteuil roulant électronique et propose, gentiment, de m’aider à entrer avec la participation de ses collègues. Nous refusons, poliment, en lui expliquant que ce serait dangereux pour tout le monde. Il insiste et nous demande d’attendre pendant qu’il va faire on ne sait quoi. Tout ceci se passait dans un mélange d’anglais et d’allemand. Vu mon niveau en allemand qui se limite à « Hallo » et « Dankeschön », vous m’excuserez de ne pas avoir compris grand chose de sa conversation avec ma sœur, qui aime et comprend la langue. Toujours est-il, qu’apparemment, il est entré voir ses collègues et en revenant, l’un d’entre-eux l’a suivi. Devinez ce qu’il avait entre ses mains… une rampe!

Cette ville m’est magique, c’est là que j’ai su que je pouvais être libre et sans handicap et ça, c’est un sentiment que je ne peux oublier. C’est aussi à Berlin que ma sœur m’a dit découvrir que sortir en ma compagnie était un plaisir, contrairement à nos sorties dans l’une de nos villes belges. Les sorties en compagnie de ceux qui se déplacent en fauteuils roulants, dans un environnement peu adapté est aussi handicapant pour la famille et les amis. Avant ce séjour, je me rendais déjà compte qu’il était nécessaire de faire quelque chose pour le manque d’accessibilité, mais après celui-ci, je me suis dit qu’il était clairement possible de rendre nos villes plus accessibles en Belgique. Par la suite, j’y ai mis quelques nuances, car Berlin est une ville plus moderne, étant donné le fait que beaucoup de lieux ont dû être reconstruits après la seconde guerre mondiale. Ces nuances ne sont plus, aujourd’hui, parce que j’ai eu l’occasion de visiter les Thermes Romains de Bath et que, là aussi, l’accessibilité était au rendez-vous. Nous pouvons rendre nos villes et notre société inclusives.

Durant la semaine dernière, quelques médias, dont la RTBF , ont relaté qu’une liste de nouveaux emojis a été présentée lundi par l’association Consortium Unicode, et que certains d’entre-eux sont des personnages ayant la particularité d’avoir des déficiences. Ceci peut paraître banal, mais se sentir comme faisant partie de la société, passe par le fait d’être représenté et c’est important. Cela l’est encore plus lorsqu’on est en pleine période de construction de soi (identité). Par contre, ce qui m’a été interpellant dans l’article publié par la RTBF, c’est le fait que d’après celui-ci, cette liste met en avant la personne handicapée. J’ai longtemps réfléchi avant de l’écrire, mais je ne suis pas d’accord avec cette affirmation, je pense que ce qui est mis en avant dans cette liste, ce sont les différences individuelles en incluant les déficiences. Ces emojis représentent des personnes ayant des déficiences, mais celles-ci ne sont pas forcément handicapées. Par exemple, à Bruxelles, je suis souvent en situation de handicap, mais à Berlin, j’ai découvert qu’il ne m’est pas nécessaire d’avoir la capacité de marcher pour ne pas l’être. Donc, le fait d’avoir une myopie ne fait pas de nous, automatiquement, une personne handicapée mais l’absence de lunettes adaptées, si.

Le manque d’accessibilité est handicapant, faisons en sorte que cela change. Pour répondre à la question: Avais-je un handicap à Berlin? La réponse est non, je n’en avais pas à Berlin.

Je vous souhaite une excellente semaine, prenez soin de vous,

Petit Cyborg

 

 

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Avais-je un handicap à Berlin

Nous l'avons lu dans: (site Web original) ICI

berlin articleBerlin est la ville dans laquelle j’ai appris que rendre nos villes plus accessibles est possible. Je vais tout vous raconter…

Par où commencer pour parler de mon expérience de cette ville… j’ai la chance d’avoir plusieurs frères et sœurs, dont celle avec qui je voyage, la plupart du temps. C’est donc grâce à elle, qui l’avait adorée, que j’ai découvert Berlin. Quelques jours avant de visiter cette ville, j’ai cherché des transports adaptés pour le trajet de la gare d’arrivée vers l’hôtel, mais également pour pouvoir faire des visites durant notre séjour. Eh bien, cette année là, je n’ai rien trouvé. Nous nous sommes dit que nous verrions une fois sur place, en espérant qu’il y ait une solution.

A Berlin, nous trouvons le service d’informations, qui nous renseigne de nous rendre à l’arrêt de bus, où nous pourrons prendre celui qui nous conduira vers l’hôtel. Nous nous disons que le monsieur n’a certainement pas compris que nous avons besoin que le véhicule soit adapté, mais nous dirigeons quand-même vers le lieu indiqué. Nous sommes en vacances après tout, nous avons du temps… C’est lorsque le bus est arrivé et que le conducteur sort pour placer la rampe d’accès, que je comprends pourquoi je n’ai trouvé aucun véhicule adapté, auquel j’aurais pu faire appel. Il y en a sans doute, mais ce n’est pas ce qui se présente en premier, en ce qui concerne les moyens de transports accessibles. Berlin s’annonce pleine de promesses. Dans le bus, je peux à travers la vitre, me faire une idée du paysage qui défile et le premier mot qui me vient est « majestueux ».

Je trouve les berlinois très rigoureux. Ici, lorsque le feu est orange, les voitures ralentissent et s’arrêtent lorsqu’il est rouge. On n’essaie pas de passer lorsque le feu est encore orange. A Namur, d’où je viens, et à Bruxelles, où je vis depuis près de six ans, il nous arrive très souvent d’appuyer sur l’accélérateur lorsque l’orange apparaît. Un peu comme si on avait une soudaine montée d’adrénaline. Vous savez de quoi je parle chers compatriotes, ne faisons pas semblant… Eh bien, les seuls piétons que j’ai vu traverser aux feux rouges, à Berlin, étaient des touristes. Le civisme des autochtones me fascine.

Cette ville propose une très grande variété d’activités et est, pour moi, surprenante et impressionnante, d’un point de vue architectural. Si Berlin était une femme (ou un homme), elle (il) en serait une (un) à la fois canon, le genre qui peut empêcher de garder les idées claires, et intelligent(e). Petit conseil, il vaut mieux éviter l’automne et l’hiver pour la visiter.

Berlin est la seule ville dans laquelle j’ai emprunté les toilettes des cafés et/ou restaurants. Les lieux sont accessibles en fauteuil roulant et très propres. Même dans les sandwicheries… ils utilisent des gants et des pinces, et ne touchent pas à la fois, votre argent et vos aliments. Un soir, alors que nous nous promenons à travers les rues, on nous invite à entrer dans l’un des restaurants dont je ne vois l’entrée, tant il y a des marches. Nous nous disons que le jeune homme est insensé de s’adresser à nous pour ce restaurant. Nous lui disons donc qu’il m’est impossible d’accéder à ce lieu à cause des escaliers. Et comme beaucoup de commerçants, il sous-estime le poids du fauteuil roulant électronique et propose, gentiment, de m’aider à entrer avec la participation de ses collègues. Nous refusons, poliment, en lui expliquant que ce serait dangereux pour tout le monde. Il insiste et nous demande d’attendre pendant qu’il va faire on ne sait quoi. Tout ceci se passait dans un mélange d’anglais et d’allemand. Vu mon niveau en allemand qui se limite à « Hallo » et « Dankeschön », vous m’excuserez de ne pas avoir compris grand chose de sa conversation avec ma sœur, qui aime et comprend la langue. Toujours est-il, qu’apparemment, il est entré voir ses collègues et en revenant, l’un d’entre-eux l’a suivi. Devinez ce qu’il avait entre ses mains… une rampe!

Cette ville m’est magique, c’est là que j’ai su que je pouvais être libre et sans handicap et ça, c’est un sentiment que je ne peux oublier. C’est aussi à Berlin que ma sœur m’a dit découvrir que sortir en ma compagnie était un plaisir, contrairement à nos sorties dans l’une de nos villes belges. Les sorties en compagnie de ceux qui se déplacent en fauteuils roulants, dans un environnement peu adapté est aussi handicapant pour la famille et les amis. Avant ce séjour, je me rendais déjà compte qu’il était nécessaire de faire quelque chose pour le manque d’accessibilité, mais après celui-ci, je me suis dit qu’il était clairement possible de rendre nos villes plus accessibles en Belgique. Par la suite, j’y ai mis quelques nuances, car Berlin est une ville plus moderne, étant donné le fait que beaucoup de lieux ont dû être reconstruits après la seconde guerre mondiale. Ces nuances ne sont plus, aujourd’hui, parce que j’ai eu l’occasion de visiter les Thermes Romains de Bath et que, là aussi, l’accessibilité était au rendez-vous. Nous pouvons rendre nos villes et notre société inclusives.

Durant la semaine dernière, quelques médias, dont la RTBF , ont relaté qu’une liste de nouveaux emojis a été présentée lundi par l’association Consortium Unicode, et que certains d’entre-eux sont des personnages ayant la particularité d’avoir des déficiences. Ceci peut paraître banal, mais se sentir comme faisant partie de la société, passe par le fait d’être représenté et c’est important. Cela l’est encore plus lorsqu’on est en pleine période de construction de soi (identité). Par contre, ce qui m’a été interpellant dans l’article publié par la RTBF, c’est le fait que d’après celui-ci, cette liste met en avant la personne handicapée. J’ai longtemps réfléchi avant de l’écrire, mais je ne suis pas d’accord avec cette affirmation, je pense que ce qui est mis en avant dans cette liste, ce sont les différences individuelles en incluant les déficiences. Ces emojis représentent des personnes ayant des déficiences, mais celles-ci ne sont pas forcément handicapées. Par exemple, à Bruxelles, je suis souvent en situation de handicap, mais à Berlin, j’ai découvert qu’il ne m’est pas nécessaire d’avoir la capacité de marcher pour ne pas l’être. Donc, le fait d’avoir une myopie ne fait pas de nous, automatiquement, une personne handicapée mais l’absence de lunettes adaptées, si.

Le manque d’accessibilité est handicapant, faisons en sorte que cela change. Pour répondre à la question: Avais-je un handicap à Berlin? La réponse est non, je n’en avais pas à Berlin.

Je vous souhaite une excellente semaine, prenez soin de vous,

Petit Cyborg

 

 

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